... Je tenais tout d’abord à vous remercier pour votre interview.

A travers votre ouvrage, on y perçoit le travail de fond réalisé de façon intelligente et le plaisir que vous a procuré l’écriture de cette biographie. Admirateur de Mylène Farmer depuis 1991, j'ai acheté pratiquement toutes les biographies éditées. Néanmoins, "De chair et de sang" est différente, plus profonde, sans engagement, juste et plus "humaine". On y découvre une Mylène Farmer différente, plus ouverte que le public ne pense ; une Mylène Farmer à la fois maîtresse de son destin et de son image sans aucune concession de sa part ... mais également une Mylène fragile...
Vous avez respecté sa vie privée. Vous effleurez juste celle-ci agrémentée de témoignages objectifs et sincères à mon sens. Certains douteront de la valeur ou de l'authenticité de ceux-ci. En effet, lorsque l'on s'intéresse à un « mythe », on remue toujours la poussière, dans le bon ou le mauvais sens ; cependant vous ouvrez le voile d'une Mylène énigmatique et paradoxale... Ainsi soit-elle ...


Présentations

Bernard Réval : "Nous nous sommes connus très jeunes, à huit ans ! Annie participait déjà à une émission de radio pour les enfants ! Quant à moi, dès mon plus jeune âge, je me suis baladé de coulisses en coulisses, mes parents étaient à la tête d’une importante agence artistique dans le midi de la France. C’est comme ça que nous avons côtoyé sans vraiment réaliser l’importance de ces moments, des chanteurs comme Brel, Bécaud, Aznavour, Ferrat ou Nougaro. Plus tard, marié à Annie, j’ai dirigé une nouvelle agence artistique pendant plus de quinze ans ; ensemble, nous avons imaginé nos propres spectacles sur la chanson française. En 1994, j’ai eu l’idée “saugrenue” de noircir quelques pages sur Gilbert Bécaud. Je lui ai fait parvenir le manuscrit… et Gilbert a été d’accord, il a été “déclencheur”, en quelque sorte. Suivront des ouvrages sur Barbara, Aznavour, un deuxième sur Bécaud, puis Nougaro, Goldman.

Aujourd’hui, “Mylène Farmer, de chair et de sang” est notre huitième livre, avec “Gérard Depardieu, voleur d’âmes”, signé Caroline Réali, une jeune auteur férue de cinéma - Annie a participé à cette aventure, parallèlement à l’écriture de la bio consacrée à Mylène".

# 1 : A travers vos recherches et les témoignages qui vous ont été consentis, vous est-il arrivé de vous donner des limites afin de respecter, au mieux, la vie privée de Mylène Farmer ? De ne pas "coucher sur papier" certains éléments de sa vie ? Si oui, pourquoi ?

Annie Réval : "Nous ne nous donnons aucune limite avec la vérité. Mais nous savons que la manière de dire les choses, et plus particulièrement de les écrire, est essentielle. Il nous arrive en effet de faire passer quelques messages subliminaux, toute la vie n’est pas à prendre au premier degré, et le lecteur a la capacité de “lire entre les lignes” – il ne faut pas le sous estimer ! Tous nos livres sont construits sur le même modèle : nous allons chercher l’homme ou la femme qui se cachent derrière l’artiste, celui ou celle qui, en coulisses, hésite, s’enthousiasme, doute, et s’active pour garder l’amour du public et le succès. C’est un parti pris, bien sûr, souvent il existe une ou plusieurs histoires d’amour qui en sont le moteur, mais pas toujours. Mylène va débusquer en elle même la force nécessaire à son métier".


# 2 : Selon vous, quelles sont les raisons qui ont amené certaines personnes ayant témoigné, à rester anonymes ? Ces personnes sont-elles proches de Mylène Farmer, encore aujourd’hui ?

A.R. : "L’anonymat de certains témoins émane probablement de leur envie d’avoir la paix ! Il est logique, en effet, que parmi tous ceux que nous contactons, les proches, qui en savent beaucoup, nous informent pour que nous puissions nous servir de leur témoignage sans toutefois apparaître en clair dans les remerciements. Certains souhaitent changer leur prénom, car leur nom très connu donnerait une autre connotation à leurs confidences. Mais Mylène n’est pas à la seule à susciter ce mystère, nous avons rencontré ce cas, autour de bien d’autres artistes dans nos livres précédents"


# 3 : Qui auriez-vous aimé voir témoigner dans votre biographie, et pour quelles raisons ?

B.R. : "Tous ceux qui ont refusé ! Nous aurions aussi aimé parler à Bertrand Lepage, connaître ses impressions, ses sentiments, mais nous n’avons pas de frustration, et même nous étions fort étonnés d’avoir autant de témoins privilégiés qui se sont livrés avec honnêteté et jusqu’au bout, pour une artiste qui semblait si secrète. Nous avions au départ un peu l’impression d’une "mission impossible", il n’en n’a rien été…, il faut dire que nos livres précédents nous servent de sésame lorsque nous rencontrons nos témoins"


# 4  : Votre biographie met en évidence la réussite professionnelle mais aussi l’échec qu’a connu Mylène Farmer à travers le film "Giorgino". Est-ce le prix à payer, selon vous, quand un artiste décide de mener sa carrière sans concession, comme le fait Mylène Farmer ?

A.R. : "La réussite et l’échec sont inhérents à la vie et à une carrière. Ce qu’il faut, c’est parvenir à rétablir l’équilibre, il n’y a rien là d’exceptionnel. Mylène est une femme d’affaires, ce qui choque c’est son aspect fragile et évanescent, sur scène et en public en général. Le paradoxe entre ce qu’elle montre et ce qu’elle gère est intéressant et nous préoccupe bien plus que des révélations sordides sur le nombre de ses éventuels lifting !"


# 5  : D’après votre connaissance du monde du spectacle et de la musique, pour quelles raisons Mylène Farmer n’est pas appréciée par la profession, comme c’est le cas pour Pascal Obispo par exemple ?

B.R. : "C’est vrai que Mylène n’est pas reconnue, ni “aimée” par la profession. Au départ, elle a elle-même creusé le fossé et s’est enfermée dans sa tour d’ivoire, puis sa réussite a fait beaucoup de jaloux. Pas plus tard que la semaine dernière, sur un plateau, on nous demandait comment, après Barbara et Nougaro, nous avions “pu” écrire sur Mylène Farmer, avec un petit peu de mépris dans la voix… Nous avons répondu que ce qui nous passionnait en elle, c’était d’une part le côté spectacle à l’américaine unique en France et surtout la fascination qu’elle suscitait sur ses milliers de fans. On peut faire un “ coup” sur deux disques, mais lorsque ça dure vingt ans, on est bien obligé de tirer chapeau bas !"


# 6  : Jean-Rémy Gaudin-Bridet témoigne dans votre biographie. A l’époque de la fermeture du "Mylène Farmer International Fan Club", plusieurs versions relatives à sa fermeture ont été communiquées, à travers la presse ou certains des membres du "MFIFC".
Par ailleurs, toujours à cette époque, il a été reproché à Mylène Farmer de n’apporter aucun intérêt à la dévotion que lui portent ses admirateurs et de les prendre pour une pompe à "fric".

Pensez-vous que le témoignage d’un "admirateur" comme J.R. Gaudin-Bridet est objectif ?
Pour quelles raisons n’avez-vous pas choisi quelqu’un de "plus anonyme" ?

B.R. : "Jean-Rémy nous a raconté son histoire, si nous n’avions pas pensé qu’il était profondément sincère, nous ne l’aurions pas transcrite, ou nous l’aurions tronquée – il a quand même vécu une sacrée aventure, comme une histoire d’amour : fascination, passion, rupture ! Nous avons recueilli le témoignage de Sacha, qui est un fan plus traditionnel (bien que se cachant derrière un pseudo) : il est représentatif du milieu gay et n’a pas souhaité dévoiler sa véritable identité, nous avons respecté. Ceci dit, lors de nos recherches, nous avons écouté énormément de gens, souvent très jeunes, qui nous ont dit l’importance de Mylène dans leur vie, mais était-il nécessaire de raconter tout cela dans le livre ? Il nous a semblé plus judicieux et surtout totalement inédit de montrer qui était l’artiste à travers les témoignages des gens du métier ou de ses amis qui connaissent la vraie Mylène, pas l’image que les fans adorent".


# 7  : Pour quelles raisons votre biographie n’est elle pas préfacée ? Si vous aviez eu à choisir une personne pour préfacer votre biographie, qui auriez-vous choisi et pour quelles raisons ?

A.R. : "Celle de Jean-Jacques Goldman ne l’était pas non plus ! Pourquoi ? Probablement parce que les préfaces de Jack Lang, Bécaud, Barclay ou Delanoë se sont imposées d’elles-mêmes pour les livres précédents. Là, rien ne nous est apparu comme évident et nous avons fait l’impasse : elle est seule dans son écrin, et ça lui va bien !"


# 8  : Si vous aviez à définir Mylène Farmer en un seul mot, lequel choisiriez-vous ?

B.R. : Sans aucun doute : “paradoxe”


# 9  : Pour finir cet entretien, que pensez-vous de l’effervescence liée à la sortie de la biographie de Bernard Violet ?
[NDLR : au moment où cet interview a eu lieu, l’ouvrage de Bernard Violet n’était pas sorti dans le commerce]

A.R. : "Bernard qui… ? Non, c’est pour rire ! Nous n’avons pas beaucoup le temps de nous occuper d’autre chose que de nos projets. Dans les quatre mois qui viennent, nous avons des conférences sur la chanson française aux Antilles, aux Etats-Unis et même en Chine pour l’année de la France…, alors, nous préparons nos bagages avec ferveur et enthousiasme pour porter là-bas la bonne parole de la chanson française que nous aimons très particulièrement !".


Propos recueillis le 5 novembre 2004
http://www.bernard-reval.com/farmer/index.php

"De chair et de sang"
Annie et Bernard REVAL

Je remercie A&B REVAL de m'avoir accordé de leur temps.

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